« Notre présence sous la banalité d’un ciel incompréhensible ».

« Si peu de temps qu’on se trouve à ne rien faire, le monde change et devient intéressant. C’était d’abord la chaleur qui semblait plus profonde. L’étendue entre terre et ciel prenait toute son ampleur jusqu’aux horizons qui semblaient reculer. Et cela devenait d’autant plus étonnant de voir les dessins minutieux de cette ombelle portant des fleurs infimes, et de ces tiges velues d’épervières. Dans une prairie sèche, la végétation privée d’eau doit s’abreuver à des sources imaginaires (…) Les racines forment des réseaux divisés à l’infini, et la plus mince corolle calcule avec une ingénieuse économie ce qu’il faut dépenser pour aviver ses couleurs et fournir de miel les abeilles perdues dans l’azur ». Des trottoirs et des fleurs.

« Je n’étais pas loin de croire qu’il y avait dans ces lisières quelque chose d’insolite, pas une légende inventée, mais un renversement de tout éclairage connu, un regard qu’il suffit de porter selon un angle qui révèle une autre vision, j’entends bien à jamais autre. Une divergence essentielle ». (Lointaines Ardennes)

« Odile ne rencontra personne. Elle éprouvait le désir de blasphémer,
tandis que les libellules se lançaient au-dessus des blés.
Un merle s’enfuit d’un tas de crottin et, se perchant sur un pommier,
il siffla un thème enregistré probablement lors de la naissance du monde ». Le Village pathétique

« Dès qu’il se mit à marcher le long des rails, la voie lui apparut toute rayonnante. Les rails reflétaient invraisemblablement le ciel bleu. Ils se perdaient dans un lointain rectiligne. Les talus étaient semés de fleurs intactes, coquelicots, linaires et vipérines, dont il avait appris les noms à l’école, mais qui semblaient étrangères à tous les noms, tellement elles étaient pures. Le soleil inondait les cailloux du ballast qui brûlaient malgré la fraîcheur du vent léger. Gabriel oubliait tout. Les maisons de Bermes, pas très loin, défilaient tandis qu’il avançait, et il les croyait à cent lieues.…Par cette belle et incertaine matinée, il s’agissait d’autre chose, de quelque aventure située dans un autre temps et dans un autre espace. Entre les fleurs roses, les rails se perdaient dans une campagne renouvelée. Les nuages s’entrouvrirent bientôt d’ailleurs, et une lune blanche apparut à l’angle d’un pan d’azur, alors que le soleil demeurait masqué. Rien n’existe, en vérité, se disait Gabriel, que ce qui apparaît ici ou là ». (Le train du matin).

« Il ne s’agit pas de savoir si certaines paroles doivent signifier quelque chose, mais d’abord de les prononcer et de leur donner une tournure et un accent. Vous parlez pour promouvoir un sens toujours arbitraire ou conforme, alors que je parle en cherchant le sens de ce que je dis, quitte à n’en pas trouver. Vous voulez m’imposer une signification tyrannique et que vous prétendez normale, acquise une fois pour toutes. Vous voulez que ça tienne, alors que je m’intéresse aux divergences et à la liberté à tous vents des phrases dans l’espoir de trouver une brise pure qui nous emporte ensemble et qui ne sera ni mienne ni vôtre, mais toute soudaine vérité ».
(Rhétorique fabuleuse.)

Ecoutons Christian Bobin :« Je pense que Dhôtel a toujours parlé de l’avenir: il n’a parlé que de ce qui s’entête à pousser sur les ruines. Il a su nommer les ronces, l’éclat d’une boîte de conserve ou d’un coquelicot, qui sont ce qui nous reste quand tout est défait parce qu’ils ont une lumière invincible. Dhôtel est encore un peu en avance, car on en est presque arrivé aux ruines. La bienfaisance de ses livres va grandir parce qu’on aura besoin alors de l’éclat consolateur de ces toutes petites choses. Un jour il n’y aura plus que des ruines sur terre, c’est-à-dire ce qu’il y a dans les poèmes de Dhôtel… ».

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Publié par faitetafaire1128

Qui suis -je ? Trop vaste question pour moi et pour vous. je suis un peu celui qui se refuse à s'en remettre aux autre sans comprendre par soi même . Je suis celui qui aime les personnes mais s attache peu au genre humain. Je suis un enfant des trains électriques, des petits cyclistes , qui allait voir décoller les avions au Bourget avec son père. Je suis un fils d'immigré républicain espagnol qui aime la France mais se désole du refus de mes contemporains d être ce que nous sommes, c est à dire une civilisation judéo chrétienne accueillante mais intransigeante sur l art de vivre à la française qui reste notre seul héritage. J aime la pensée, la philosophie , mais aussi la spiritualité qui forge les cultures. j espère que mes petites lucarnes , plus ou moins régulières- travail et ultra trail oblige- vous feront plaisir.

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